Qui suis-je ?

AVANT LA THÉRAPEUTE,
IL Y A UNE HISTOIRE

Ma carrière de thérapeute a commencé très tôt — pas dans le sens académique du terme, mais dans son sens originel : faire le lien, écouter, soutenir. Parentalisée par des parents absents et débordés, j’ai endossé ce rôle dès l’enfance.

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adeline

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Trouver ses racines

Je suis issue d’une famille patriarcale. Mon père, artiste, sportif et voyageur, a immigré d’Égypte à l’âge de 30 ans. Ma mère était directrice d’école. J’ai grandi dans une banlieue parisienne cosmopolite, entre musées, vernissages et événements culturels — un environnement intellectuellement riche. Pourtant, cette même famille était aussi marquée par la précarité, les violences domestiques et conjugales. Ce paradoxe —privilège et toxicité mêlés — a nourri chez moi une anxiété et une dépression précoces.

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S'émanciper

Dès l’obtention de mon bac, je pars au pays de Galles pour une année au pair. Un tournant. J’y apprends la solitude, je comprends que mes parents ne sont pas des personnes fiables. C’est aussi là que je fais mes premiers tatouages, mes premiers piercings — des body modifications comme premier acte d’émancipation. Une période cathartique, mais difficile : je développe des épisodes sévères de boulimie, alternant avec de l’anorexie.C’est à cette époque que je trouve un sentiment d’appartenance dans les milieux militants — anarchistes, punk, et déjà un peu queer. C’est l’époque du mouvement altermondialiste. Un premier éveil politique sur l’ultracapitalisme. Je veux faire des études qui comptent. Changer le monde.

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Chercher sa place

Je commence par des études d’arts plastiques, d’histoire de l’art et de cinéma. Je voyage sac à dos, sans argent mais avec une curiosité et une audace immenses. Je monte sur Paris et intègre l’école des Gobelins, avec l’ambition de devenir reporter-photographe. La vie parisienne est dure.
Jeune femme d’origine arabe, issue d’une grande école mais pas du bon milieu, je me heurte à des discriminations — logement, embauche, vie quotidienne. Je multiplie les petits boulots.
À cette époque, on ne parle pas encore d'HPI, de TDAH, de neuro atypie. Vers 22-23 ans, mes fréquentations des milieux écologistes et radicaux m’amènent vers le punk mais aussi bizarrement vers le chamanisme et une spiritualité revisitée — éco féministe.
Ma sœur multiplie les séjours en hôpital psychiatrique pour un trouble borderline sévère, sans amélioration visible. J'en souffre, témoin d'une incompétence institutionnelle et médicale qui me met très en colère. Cette colère me ronge et me rend malade. Je déclare des maladies psychosomatiques.

J’en conclus que la société ne peut soutenir ni son économie ni sa santé mentale. Ma vingtaine s’achève en Palestine, comme volontaire internationale dans une ONG. Une expérience complexe et fondatrice.

De retour à Paris, je rentre avec des photos et la rage au ventre. Je continue à chercher ma place dans les milieux culturels et artistiques. Je suis toujours à côté de la plaque . Le décalage intellectuel est immense, mais je ne le vois pas encore clairement.

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Rupture & maternité

Sans travail ni appartement, je pars en Thaïlande confronter mon père sur mon enfance. Cette confrontation me permet de faire le deuil de certains événements et de comprendre que le travail sur moi devra venir de moi seule. J'accepte aussi que mon père n'a pas les outils pour m'accompagner sur ce chemin. Je commence lentement à pardonner la violence de l'enfance.

Je rencontre celui qui deviendra le père de ma fille, un musicien. Nous devenons parents. Je trouve un travail à la hauteur de mes ambitions, nous partons en Tunisie. Le soleil, un bon salaire, ça fait rêver sur le papier. Mais la réalité est plus sombre. Devenir mère m'a bouleversée.
J’entame une psychanalyse. Le vrai travail de fond commence.
Puis tombe la grossesse. La maternité et le post-partum me percutent de plein fouet. Je fais un burnout. Mon corps s’arrête, ma tête aussi. Je tombe en dépression profonde.

Je rentre en France, retourne chez ma mère. Je vais chercher de l’aide en service psychiatrique. On m’annonce une fibromyalgie. Les médicaments me permettent, pour la première fois de ma vie, de corriger des troubles neuro chimiques.

Je sors d'une dépression chronique de 15 ans. C'est à la fois magnifique et terrifiant de réaliser qu’on a subi aussi longtemps quelque chose qui n’aurait pas dû être là.

Je demande le divorce. La garde alternée s’installe. Me voilà femme précaire, célibataire, maman — cible de toutes les discriminations. Mais les rencontres incroyables sur ma route, et une gratitude immense, me construisent.

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Reconstruire

L’association Kino — le cinéma amateur — me me réconcilie avec ma différence. Pour la première fois, je me retrouve entourée de personnes qui refusent de se soumettre aux codes sociaux et en font une force. Je suis avec des pairs.
.À 36 ans, en plein divorce, les psychologues de Pôle emploi me conseillent de m’orienter vers la psychologie. J’en ris, mes amis se foutent de moi et pourtant, je me lance. Je reprends la fac, dans une précarité profonde mais avec une excitation réelle.

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Étude & renaissance

Cette reprise d’études me permet de raccrocher les wagons. Je comprends d’où je viens, comment je me suis construite. J’ai une petite fille. Je veux être pour elle, une mère solide et fière.
Durant ma licence en psychopathologie clinique, je reprends le sport, commence le yoga et la méditation. J’ai 36 ans ans. Je sors de la précarité psychique. Et c’est avec la plus grande des audaces que je décide de monter mon propre cabinet d’accompagnement.
A cette époque le yoga devient très populaire. ll entre dans ma vie par la petite porte du fitness et devient finalement une hygiène de vie à part entière quand je comprends que méditer, bien manger, bien communiquer, travailler sur soi au quotidien, c'est tout ça le YOGA. C'est une réflexion sur son intégrité et une recherche d'alignement. Pas seulement celui du corps dans des postures improbables mais celui du corps et de l'esprit.

07

Transmettre à mon tour

J'avais donc passé trente ans à me battre contre quelque chose qu'on ne nommait pas. Pas ma neuroatypie : le silence autour d'elle.
Personne ne m'avait dit que mon décalage avait un nom. Personne ne m'avait dit que ma fatigue venait d'une suradaptation permanente. On m'a dit que j'étais TROP, trop sensible, trop bavarde, trop intense, trop virile, trop en colère.
J'ai mis des décennies à comprendre que je n'étais pas trop : j'étais seule.

Determinée à éloigner les souffrances avec résiience et sagesse, je consulte régulièrement les praticiens allopathes. Car même si les douleurs sont générées par le stress, elles existent. tout comme les troubles hormonaux. Ils peuvent être dévastateurs. A 39 ans j'ai une boule dans le sein qui me fait évidement consulté en urgence. "Ce n'est rien". C'est juste la quarantaine et les premiers signes d'une fin de cycle. WHAT ?
Et toutes les angoisses autour de ça ? C'est la quarantaine aussi ? Je consulte encore pour une intensifications des maux de tête et une fatigue qui me plombe encore et toujours, je ne me sens jamais reposée et je culpabilise de ne pas savoir me satisfaire d'être comme je suis. Le cercle vicieux.

C'est un jour ma neurologue qui me suivait pour les migraines qui a fini par me parler du TDAH et du traitement. Elle ne comprend pas que tous les psy que j'ai vu ne m'en ai jamais parlé.
J'ai 42 ans. Boum
Un diagnostic à l'âge adulte.

J'en parle autour de moi et c'est comme si c'était évident pour tout le monde. Je suis presque choquée. Apparemment ce n'est un secret pour personne, maintenant que les symptômes sont connus du grand public et circulent sur les réseaux, bien sûr que je suis TDAH.
Je fais des liens souvent douloureux avec des évènements et comportements de mon histoire. Surtout avec ma vie professionnelle et relationnelle. La connaissance de soi ne s'arrête jamais. C'est la début d'une autre aventure.

Transmettre à mon tour, c'est ça : abréger le temps que d'autres passeraient à chercher.

Je ne prétends pas être neutre dans mon travail. Mon approche est ancrée dans mon histoire autant que dans ma formation, et je crois que c'est une force, à condition de le dire. Je suis féministe, décoloniale, queer, militante. Je crois que beaucoup de ce qu'on appelle des troubles psy sont des conséquences : de traumas non soignés, de violences, de dominations, de familles qui se transmettent leur silence sur trois générations. Je crois aussi au courage.

Celui qu'il faut pour pousser une porte, dire une chose jamais dite, ou simplement continuer. Si tu es arrivé·e jusqu'ici, c'est que quelque chose en toi cherche encore. C'est déjà beaucoup. Merci

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